Dans l’Amazonie colombienne, le miel est d’or

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  histoire de l'apiculture

Dans une région reculée du pays, des scientifiques et des communautés autochtones œuvrent ensemble au développement de l’apiculture, en remplacement de la culture de la coca ou de l’orpaillage. Le photographe suisse Luca Zanetti est allé à leur rencontre.


Les Cerros de Mavicure, trois collines au sud de la ville d’Inírida, sont un site autochtone sacré, avril 2023.

Le département de Guainía est niché dans les confins amazoniens des terres colombiennes. “J’y étais déjà allé, il y a une dizaine d’années, mais personne ne parlait alors d’abeilles, et aucun miel n’était vendu à l’aéroport”, relate Luca Zanetti. Au printemps dernier, le photographe suisse s’est de nouveau rendu sur place, avec la journaliste colombienne Alejandra de Vengoechea, pour raconter comment cette ressource naturelle a pris une nouvelle importance.

Photo

Un trio de scientifiques a eu un rôle moteur dans ce développement : le biologiste Fernando Carillo, la chimiste Alexandra Torres et son mari, l’entomologiste Wolfgang Hoffman. Ils ont travaillé, le long de la rivière Inírida, auprès des communautés autochtones qui composent les deux tiers de la population du département – parmi les moins densément peuplés du pays – pour amorcer un abandon du commerce de la feuille de coca ou de l’exploitation de l’or au profit de l’apiculture

Fernando Carillo est particulièrement impliqué, car il mène aussi une activité d’écotourisme, mais il y avait très peu de visiteurs auparavant.” Depuis la signature, en 2016, des accords de paix du gouvernement colombien avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) l’influence des guérillas dans la région a baissé (même s’il reste des dissidents des Farc toujours actifs), explique le photographe. De quoi permettre la transition vers une agriculture non liée au trafic de drogue et une ouverture au tourisme. Ce projet a bénéficié d’un financement de la fondation de l’entreprise suisse Ricola.

Le photographe – Luca Zanetti

Né en 1971 à Mendrisio, dans le canton suisse italophone du Tessin, Luca Zanetti a suivi dès sa jeunesse les tribulations de sa mère, Pia, également photographe. Il a ensuite étudié cette discipline à l’université des arts de Zurich. Il a beaucoup travaillé sur le continent sud-américain ainsi qu’en Amérique centrale, et a été publié dans de nombreux journaux étrangers, dont la Süddeutsche Zeitung (Allemagne) et El País (Espagne).

La série de photos présente ces transformations en jouant sur différentes échelles. “C’est la première fois que j’utilisais un objectif macro. D’ordinaire, je travaille plutôt sur des portraits, ce sont les personnes qui m’intéressent”, confie Luca Zanetti. “Mais là, je voulais faire cohabiter cette échelle à la fois avec celle de paysages à couper le souffle et avec celle des abeilles, dont certaines sont absolument minuscules. Je me suis penché de près sur les fleurs.”

Effets positifs indirects

Le miel était bien sûr un produit de consommation local depuis longtemps, “mais les autochtones coupaient l’arbre, récoltaient le miel, et l’essaim allait se reconstituer ailleurs. Désormais, il s’agit d’une forme de domestication, avec des créations de ruches pour plusieurs espèces d’abeilles.”

Une fois le système mis en place avec l’aide des scientifiques, la production a été abondante. “En revanche, ce n’est pas du tout à un niveau industriel, comme on peut le voir en Europe, c’est très artisanal. Et on sent la différence.” Le miel se vend ainsi en petites quantités, pour un prix relativement élevé. Le profil des touristes dans la région reflète d’ailleurs ce marché : il s’agit essentiellement de Colombiens aisés, venus découvrir les régions reculées de leur pays, résume Luca Zanetti, ainsi que d’“amateurs de pêche (qui relâchent leurs prises), ou encore de quelques Européens avec un côté un peu hippie”.

Des effets plus indirects de cette culture du miel sont déjà bien visibles. “Avec l’augmentation des pollinisateurs, les communautés sur place ont constaté très vite un changement : les arbres sont bien plus chargés de fruits qu’avant.”
source courrier internationnal

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